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Interview de Yolande Moreau
par UNinvitéD Film Festival



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UNmagazineD a rencontré Yolande Moreau pour son rôle dans le dernier film de Martin Provost, "Séraphine". Yolande Moreau y interprète l'artiste méconnue Séraphine De Senlis, qui figure désormais comme l'une des plus singulières artistes des « Primitifs Modernes ».


Est ce que vous connaissiez Séraphine De Senlis avant que l'on vous propose ce rôle ?

Yolande Moreau : Je ne la connaissais pas du tout, je l'ai découverte comme beaucoup d'autre à travers le film. Les spectateurs vont souvent après le film au musée Maillol voir ces peintures. Ils sont étonnés de n'avoir jamais entendu parler d'elle. Moi c'est Martin qui m'en a parlé.


Y a t'il une certaine difficulté à jouer un personnage qui a déjà existé par rapport à un personnage fictif ?

Il y a un sorte de timidité, je trouve, à rentrer dans ses pas. Ça se fait en douceur, avec de la pudeur. On tourne un peu autour. On va voir où elle a habité, on consulte les quelques écrits. Il y a toute une démarche qui est le propre du comédien, d'aller vers elle, qui elle était, comment on se l'approprie. Et puis, on lui donne sa propre couleur.


Connaissiez-vous le travail de Martin Provost avant qu'il vous propose ce rôle ?

Non, j'ai vu « Le ventre de juliette » à ce moment-là. On s'est très vite bien entendu. J'aimais bien comment il me parlait des choses. Il y avait une sorte de grande rêverie.


Maintenant on demande de plus en plus aux comédiens qui jouent des personnages qui ont existé de les incarner. Est ce que c'est quelque chose qu'on vous a demandé ?

Non, pas du tout, c'était pas le cas. C'est la liberté que laisse un personnage qui n'est pas très connu. Et tant mieux. D'ailleurs je ne lui ressemble pas vraiment. Je ressemble seulement à une caricature... En faisant des recherches à la bibliothèque, Martin est tombé sur une caricature qui a été faite par des gens de Senlis, un poète, je crois. Et cette caricature ressemble au personnage que je joue dans la pièce de théâtre de « Quand la mer monte ». C'est assez curieux. Quand il m'a montré ça, on a rigolé parce qu'il y a un quelque chose. Mais physiquement, non, quand on voit son portrait je ne lui ressemble pas.


On a reproché à Martin Provost sa mise en scène classique. Est ce que, par ailleurs, c'est quelqu'un qui dirige beaucoup ses acteurs, où est ce qu'il vous a laissé beaucoup de liberté ?

Il est très précis, il sait très bien ce qu'il veut. C'est quelqu'un de très sensible. Il était comédien lui même, donc il comprend le mécanisme du comédien. Je pense qu'on a trouvé notre place comme ça, dans un échange de confiance. Beaucoup de travail a été fait en amont et on découvrait encore le personnage lors du tournage.


En ce moment il y a une mode du biopic comme « La Môme », « Sagan »... Pourquoi s'intéresse-t-on autant aux artistes du passé et aussi peu aux artistes du présent comme vous l'avez fait dans votre film « Quand la mer monte » ?

Je pense que le sujet est différent. Ici, dans « Séraphine », même si ça date du début du siècle, on parle de l'investissement dans l'art, de la liberté. Au début du siècle, les femmes ne peignaient pas, et en plus Séraphine est une femme du peuple qui s'est mise à peindre. On peut toujours ramener les choses au temps présent, et là en l'occurrence, c'est le parcours d'une femme. Alors pourquoi les artistes présents... je ne sais pas, mais là ça me semble bien qu'elle ne soit pas connue... Elle est reconnue maintenue. On a l'impression qu'il y a une certaine justice.


propos recueillis par Hélène Hoël, Festival du Nouveau Cinéma de Montréal, le 14 octobre 2008