UNINVITED FILM FESTIVAL
INTERNATIONAL FILM FESTIVAL IN PARIS


Interview des réalisatrices du film
"Le jour avant le lendemain"

par UNinvitéD Festival



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UNmagazineD a rencontré lors du Festival du Nouveau Cinéma de Montréal les réalisatrices du film « Le jour avant le lendemain », Marie-Hélène Cousineau et Madeline Ivalu, accompagnées de la scénariste Susan Avingaq. Déjà lauréat au Festival du Film de Toronto, ce film est une adaptation du roman de Jorn Riel, où une grand-mère inuit et son petit-fils se retrouvent seuls survivants de leur tribu, décimée par une épidémie.


Pouvez-vous nous parler des ateliers Arnait qui sont à la base du film ?

Marie Hélène Cousineau. J'ai débuté l'atelier en 1991 dans la communauté Inuit d'Igloolik. Nous avons commencé par faire des documentaires et des petites fictions, tout ce qui est basé sur le processus de l'apprentissage en dehors de l'aspect formel. On n'avait pas de lieu à disposition, alors on allait dans les maisons des femmes. J'y emmenais ma caméra, je leur montrais comment l'utiliser. Alors, on a pu commencé par faire les histoires qu'elles voulaient faire. On disait « alors tu veux faire une histoire à propos de quoi ? ». Suzanne fut la première a proposé une histoire « Quick think ». Madeline proposa, elle, l'histoire « Starvation ». Voilà, en gros, ça a commencé par « quelles histoires voulez vous raconter ».

Qu'est-ce qui vous a plu dans le roman de Jorn Riel ?

M-H.C. J'aime l'histoire parce qu'elle est très simple, poétique, et universelle. Et je sentais que Riel était vraiment capable de traduire l'esprit inuit en mot occidentaux.

Madeline Ivalu. J'aime cette histoire parce qu'elle est vraiment adaptée à ma culture et à des histoires que j'ai entendu de mes ancêtres.


Le roman de Jorn Riel se passe dans une tribu inuit du Groenland. Quelle genre d'adaptation avez-vous du faire pour une tribu inuit du Canada ?

M.I. Ça été très facile de faire des changements parce que la culture du Groenland est très similaire à celle d'Iglooliq. Et puis, nous avons pioché dans nos souvenirs d'enfance, dans les histoires que nos parents nous racontaient, dans les légendes, pour adapter le tout à la réalité de l'époque.

M-H.C. Le roman de Riel se situe dans différents temps, comme lorsque la vieille femme se souvient de ses histoires. Nous, nous avons fait le choix de réduire à quelques mois ce qui prend plus de temps dans le roman. On ne parle pas de l'enfance de Niniok par exemple. Et puis, l'histoire que Niniok raconte à son petit-fils par exemple, n'est pas celle du roman mais une histoire que Madeline connaissait de son enfance. De même, l'histoire que l'enfant raconte à Niniok n'est pas exactement celle du roman non plus. On a utilisait les contes avec lesquels Madeline et les autres se sentaient à l'aise à raconter. Par ailleurs, les noms ont été changés, des choses comme ça. Puis, quand on est allé à Puvirnituq, c'était une autre ambiance très différente d'Iglooliq, ça été filmé dans le nord du Québec. L'espace comme la terre, les paysages, c'est comme une partie de l'histoire, alors ça nous a aidé à réécrire le script pour être plus proche du réel.


Avez-vous fait des recherches documentaires par rapport aux conditions de vie des Inuits au 19ème siècle, ou est-ce que c'est quelque chose que vous connaissiez déjà ?

Susan Avingaq. Le roman de Jorn Riel est à la base en anglais ou en danois, en plus, il a été beaucoup traduit. Du coup, ça me parlait en différent langage. Et puis, comme l'histoire commençait à être racontée, j'ai pu la visualiser et voir comment elle fonctionnait, comment les anciens vivaient autrefois. C'était tellement similaire à ce que j'ai vécu et aux histoires qu'on m'avait racontées, qu'il n'y avait pas beaucoup de recherche à faire pour que cette histoire prenne vie.


Comment s'est passée la coréalisation entre vous Marie-Hélène, la montréalaise, et vous Madeline, l'Inuit ?

M.I J'ai vraiment aimé ça, c'était une nouvelle expérience. C'était aussi très important qu'il y ait toujours un traducteur pour nos échanges.

M-H.C. Madeline était vraiment en charge de l'aspect culturel du film et du jeu d'acteur. C'est une actrice professionnelle, elle a joué dans d'autres films et travailler dans d'autres projets. Elle a dirigé son propre petit-fils qui joue le rôle de Maniq dans le film. Tout ce qui devait être inuit, c'est elle qui disait comment cela devait être, si c'est correct ou pas. Elle a travaillé avec Susan, la directrice artistique, avec les costumières. Elle a aidé à écrire les dialogues. Moi, je travaillais plus avec l'équipe technique. Mais en même temps, on travaillait tous ensemble. Il y avait du respect, des responsabilités, chacun avait son rôle. Et on avait un super assistant réalisateur, Natar Ungalaq, qui faisait le pont entre les deux.


Vous avez une manière de filmer proche du documentaire. Est-ce pour nous intégrer au plus près de la vie des Inuits ?

M-H.C. On vient du documentaire, on en a fait beaucoup. C'est une sorte de déformation professionnelle sans doute... On approche plus de la vie des Inuits de cette manière, mais on a un style d'observation. On regarde beaucoup avec la caméra. On laisse de la place aux acteurs, à l'environnement, au temps qui s'écoule, sans vouloir essayer de contrôler les choses. Évidemment c'est une fiction, donc les acteurs doivent faire passer quelque chose... C'est une tradition du documentaire. Moi j'ai des racines dans le cinéma québécois, dans le cinéma documentaire. Il y a un mouvement cinématographique à Iglooliq qui est de cette tendance donc on s'entoure de gens qui travaille dans le même esprit.


Pourquoi, alors que tous les dialogues sont en inuktitut, avoir choisi deux chansons l'une en anglais, l'autre en français pour accompagner le film ?

M-H.C. Au début, quand j'ai entendu cette chanson « Why must we die » des soeurs McGarrigle, ça m'a touché, je me suis dit c'est vraiment en rapport avec ce film-là. C'est quand même une histoire universelle, pas seulement inuit. On peut se mettre à la place de cette grand-mère. C'est aussi à propos de la vie, de la mort, de l'humanité... La chanson est à propos de ça mais elle a aussi des racines folkloriques qui font référence à cette période où il y a eu cette jonction entre les Inuits et les Traders, les baleiniers où il y avait beaucoup de gens avec des accordéons sur les bateaux. C'est comme ça que les Inuits jouent maintenant de l'accordéon. Il y a cette référence qui va bien avec l'histoire. L'autre chanson, c'est une chanson d'amour. Pour le personnage de Ninioq c'est une lettre d'amour pour son mari. Il y a là encore une jonction.


Il y a une forte présence de l'oralité dans le film à travers les chants, les histoires racontées. Est-ce que c'est très présent dans la culture inuit ?

M.I. Oui, définitivement c'est très important. Dans ce temps-là, quand ils racontaient des histoires, ce n'était pas écrit. Ça fait longtemps que c'est en moi et que je pense que c'est très important de raconter ces choses, de les chanter en famille. C'est quelque chose de très précieux.


Vous avez présenté le film dans des communautés Inuits. Quelles ont été les réactions ? Et de quelle manière ce film a t'il pu amener une réflexion sur la culture Inuit actuelle ?

S.A. J'ai réalisé que ces gens ont été très touché, ils pleuraient, ils avaient envie d'en parler. Il réalisaient que leur grand-parent avaient eux aussi traversé tout ça quand les Blancs n'étaient pas encore arrivés dans le Grand Nord. Alors c'était très bien de montrer ça à la nouvelle génération. Ils comprennent mieux comment leurs ancêtres vivaient et pourquoi leur culture est si importante. Il ont vu l'environnement froid du Nord et la difficulté à survivre dans ce climat. J'ai reçu beaucoup de commentaires forts. Je suis très heureuse que l'on puisse montrer ce film et de le partager avec d'autres personnes. Je voyais toujours des comédies ou des films d'actions, et je me disais que se serait bon de faire partager ma culture et mes traditions à travers des vidéos. Je suis très heureuse maintenant de l'accueil fait au film.

Propos recueillis par Hélène Hoël, Festival du Nouveau Cinéma de Montréal, le 15 octobre 2008