| Le jury
oecuménique : un esprit d'ouverture par Claire Dixneuf, Vali Givetchi |
|
Présentation Programmation Rencontres, événements Inscription des films UNmagazinED interviews articles UNinvitéD Collège-Lycée Vidéos Infos pratiques Contact |
Si vous vous rendez dans un festival de cinéma, à Cannes, Berlin ou Montréal, vous pourrez rencontrer l'un des jurys les plus originaux qui soient : le jury oecuménique. Ce jury, composé de membres chrétiens : protestants, catholiques et orthodoxes, vient chercher le film rare. Un film qui puisse interpeller les chrétiens, un film porteur d'espoir, qui mette en valeur le sens de la justice et de la paix, la dignité de tout être humain. En août 2003, au festival de Locarno, en Suisse- Italie, le jury oecuménique est composé de Ulrike Vollmer, chercheur en théologie et cinéma en Angleterre, Paolo Tognina, pasteur et responsable pour les médias de l'église évangélique de langue italienne en Suisse, Augustine Loorthusamy, animateur d'ateliers de cinéma en Malaysie, Andrew Johnston, pasteur au Canada, Jean-Pierre Hoby, directeur des affaires culturelles de la ville de Zurich en Suisse. La présidente du jury, Nathalie Roncier, française, est auteure et réalisatrice de documentaires. Elle a travaillé au festival d'art contemporain pluridisciplinaire de la Rochelle et au festival de films de femmes de Créteil. Depuis 1989, elle est aussi collaboratrice de l'équipe du Festival du Film d'Amiens. Après chaque projection (deux à trois par jour), elle travaille avec ses collaborateurs à comprendre le sens de chaque film, à en discuter l'esthétique, la direction, les choix d'acteurs, les partis pris... Le jury oecuménique voit ses membres renouvelés à chaque fois. Il est très actif et on le retrouve dans les festivals réputés : Cannes, Montréal, Moscou, Leipzig, Berlin, Saint Pétersbourg, Bratislava... C'est après le concile de Vatican II dans les années 60, qu'est née l'idée d'ouvrir l'Eglise au monde en créant un jury chrétien pour le cinéma. Depuis, il existe des organismes chrétiens pour le cinéma au plan international : la SIGNIS pour les Catholiques, dont Charles Martig est chargé en Suisse, et INTERFILMS pour les protestants, dont Christine Stark, Allemande, 32 ans, est la toute nouvelle responsable. Elle explique qu'elle doit "coordonner le travail des Offices et Services de films des Eglises sur la base du conseil oecuménique à Genève". Les gens sont curieux, quand elle parle de ses nouvelles fonctions : "Interfilm n'est pas très connu mais provoqie à chaque fois beaucoup d'intérêt. Quand j'explique qu'à chaque festival nous envoyons un jury oecuménique, on me questionne beaucoup..." Objectivement, elle constate que peu de cinéphiles vont à l'église, et peu de chrétiens vont au cinéma. Selon elle, ce ne sont pourtant pas des activités contradictoires et elle entend bien les rapprocher dans les années à venir, en ouvrant l'église au cinéma, en y projetant des films. Elle prend la relève de Hans Hodel, qui part à la retraite. Pasteur suisse très actif, il a travaillé pendant des années à la reconnaissance du jury oecuménique. Il explique ses critères : "Nous attendons d'un film un nouveau regard, aussi bien sur l'obscurité des angoisses humaines que sur l'engagement, la défense des droits humains, la justice et la paix." Le jury ne veut pas se laisser influencer par les modes et tendances et va parfois à l'encontre du public. Par exemple au festival de Locarno, à la sortie du film "Printemps, été, automne, hiver...et printemps" du Coréen Kim Ki-duk, alors que les spectateurs sont enthousiastes, le jury n'est pas satisfait et déplore la tendance de ces films orientaux, coréens, iraniens, très prisés du public, mais pré-fabriqués pour les festivals européens. Il juge le film superficiel, attend plus. Andrew Johnston et Ulrike Vollmen, deux membres du jury, le disent : "Un film doit être le miroir où se reflètent les peurs, les rêves, les idéaux humains." C'est à "Khamosh Pani", de la Pakistanaise Sabiha Sumar, que le jury oecuménique attribue son prix quelques jours plus tard, parce que "ce film démontre comme la religion soutient la vie humaine en communauté et aussi comment elle peut semer la division et la peur, des messages d'une grande importance et d'une grande urgence dans notre monde contemporain." (Communiqué officiel du jury à la presse). Charles Martig, responsable de la SIGNIS, a accompagné le jury durant tout le festival de Locarno. Il explique la complexité des choix, du dialogue, à l'intérieur même du jury. Il a connu des membres de confession juive, des prêtres orthodoxes, d'Europe de l'Est, de Moscou. Il assiste chaque fois à des dialogues enrichissants, où s'affrontent des sensibilités très différentes et où d'importantes questions sont posées, comme "qu'est-ce qu'un film religieux ?", "Qu'est-ce que l'esthétique ?". Il leur est parfois difficile de trouver un cadre commun, les perspectives peuvent être opposées, mais cela reste une chance de travailler tous ensemble. Il projette même, avec Christine Stark d'ouvrir le jury à d'autres religions, comme l'Islam, et de participer à des festivals dans des pays musulmans, en Iran par exemple. "Cela demande un long travail, mais l'esprit du jury oecuménique est là : s'ouvrir, travailler, favoriser l'échange." Un beau travail en perspective. |