UNINVITED FILM FESTIVAL
INTERNATIONAL FILM FESTIVAL IN PARIS


Le cinéma est mort,
vive le cinéma !
par UNinvitéD Festival


Le documentaire lors de la 62ème édition du Festival du Film de Locarno, du 5 au 15 août 2009 


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Souvent délaissé de la programmation de Festivals, qui placent la fiction comme seule représentante du 7ème art, le documentaire s'est grandement fait remarquer cette année à Locarno. Trois films, toutes sélections confondues, dénotent et prouvent que le documentaire est un genre bien vivant, qui trouve de nouvelles formes et aborde des sujets jusqu'alors insoupçonnés.

Car le documentaire fait partie du cinéma au même titre que la fiction. De grands noms l'ont mis en avant, Flaherty, Van Der Keuken, Depardon, expérimentant de nouvelles approches du réel, ainsi que sa mise en scène. Ne dit-on pas que les tableaux de Méliès sont à l'origine de la fiction et les vues des frères Lumière du documentaire ?

Malgré une sélection de fictions en demi-teinte, le Festival de Locarno a su proposer des documentaires mettant en avant la singularité de ce format. Quel rapport le documentaire entretient-il avec le réel ? Le mettre en scène (en l'esthétisant ou le fictionnalisant) nous détourne-il du vrai ?

Venant du magazine TV Strip-tease, Cédric Hinant nous plonge dans l'univers méconnu des arbitres de football de l'EURO 2008. Des altercations avec les joueurs sur le terrain aux répercussions dans leur vies familiales, "Les Arbitres" suit au plus près ses différents protagonnistes, allant jusqu'à restituer les échanges sur le terrain entre les arbitres de touche. Hinant arrive à appréhender de manière simple un univers a priori compliqué (les novices du football ne seront pas perdus), le tout relevé d'une pointe d'ironie. En effet, les conversations lors des matchs dévoilent une autre facette de ce qui se passe sur le terrain, bien loin de celle des retransmissions télévisées. Ce ne sont plus des arbitres aux allures impartiales que l'on a devant nous, mais des êtres humains, doutant et fort heureusement en proie à l'erreur. C'est là que l'esprit de Strip-Tease réapparait : aborder ce qui paraît si éloigné pour le mettre à notre hauteur.

Abordant un milieu bien différent, "We don't care about music anyway ..." des français Gaspard Kuentz et Cédric Dupire nous invite à découvrir huit musiciens contemporains japonais dans un Tokyo loin des clichés, des bâtiments désaffectés, des décharges, des plages abandonnés. Evidemment, on pense à "Sans Soleil" de Chris Marker qui montrait la mégalopole japonaise sous un autre jour, accompagné de la musique expérimentale de Michel Krasna ; ou encore aux vidéoclips de Michel Gondry (et d'une autre manière à sa participation au tryptique "Tokyo" corréalisé avec Léos Carrax et Bong Joon-ho). Car ce film se compose essentiellement de mise en scène des performances de ces artistes et d'une "table ronde" de ceux-ci échangeant leurs expériences. Il s'agit moins de nous faire découvrir une musique d'avant garde peu accessible que de nous la présenter dans une ville qui ne cesse de fasciner et que certains qualifient de "ville la plus laide du monde". Le Tokyo de Kuentz et Dupire semble faire corps avec la musique aux sonorités lourdes et stridentes de ces artistes. Une mélodie légère finit par se laisser entendre à la fin du documentaire : la vie dans le chaos de la mégalopole.

Enfin, dernier film à attirer l'attention, "HÄLSNINGAR FRÅN SKOGEN" (Greeting from the woods) du suédois Mikel Cee Karlsson, certainement le plus original de la compétition des "cinéastes du présent". Le réalisateur a filmé durant quatre ans son village natal, au fin fond de la suède. Des scènes se succèdent montrant le quotidien de la bourgade et finissent par dresser le portrait d'une famille. Aussi surprenant que le format choisi (4 :3), la vie saisit, aussi simple qu'elle puisse être (le passage de mobylettes, la foire du village, une naissance dans une maternité), semble être magnifiée par la caméra de Karlsson. Le village lambda devient bourgade de conte de fée, où un homme déguisé devient le roi des vikings et où le sourire surdimensionné d'un nouveau grand-père fait penser à du Tex Avery.

Entre quotidien sublimé, sorti de l'ordinaire et révélation de décors, personnages laissés de côtés, le documentaire garde une place que ne peut lui voler la fiction, liée à son rapport direct avec le réel. Que savons-nous de ce qui est pris sur le vif ou de ce qui provient du metteur en scène ? Et qui s'en pose la question ? L'étiquette "documentaire" appose à elle seule une valeur de vérité aux images qui contraste avec la démarche rare de ces cinéastes : donner à voir ce qui n'est pas visible.


Hélène Hoël, Festival du Film de Locarno, 14 août 2009