| Frontier Blues par UNinvitéD Festival Développé lorsque Babak
Jalali était en résidence à la
Cinéfondation du Festival de Cannes (2006-2007), Frontier Blues a été
présenté en avant-première à la
62ème édition du Festival International du Film de
Locarno. Ce premier long-métrage porte un regard ironique et
tendre sur la région du Golestan au Nord de l'Iran
négligée par le Cinéma Iranien. Paysages
magnifiques et richesse de cette population multi-éthniques
n'empêchent pourtant pas un certain blues de s'installer...
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Frontier Blues de Babak Jalali Dans le village de Goran, à la frontière iranienne avec le Turkménistan, quatre hommes vivent entre solitude et attente. Alam, un jeune turc, travaille dans une ferme d'élevage de poulets. Il passe son temps libre à apprendre l'anglais dans le but de demander la main d'Ana et de l'emmener à Baku, la capitale de l'Azerbaïdjan où, selon lui, tout le monde s'exprime dans cette langue. Hassan, lui, est perse. Il rejoint Alam qui lui montre tant bien que mal les rudiments de la ferme. Hassan a pour compagnon un âne et vit avec son oncle qui tient une boutique de vêtements qui semblent ne convenir à personne. Enfin, dernier personnage burlesque, un vieux ménestrel turc accompagné d'un quatuor de garçons, fait l'objet d'un livre sur les coutumes locales par un photographe venu de Téhéran. Un territoire aride et infertile, c'est ce que semble nous montrer Frontier Blues de cette zone frontalière d'où est originaire le réalisateur Babak Jalali. Des paysages désertiques où quelques voitures passent, à l'absence non dissimulée de femmes, les hommes attendent patiemment, mais quoi ? L'épouse du Ménestrel a été « kidnappée » par un berger dans une Mercedes quelques années plus tôt. Hassan a été abandonné par sa mère lorsqu'il était enfant et écoute en boucle sur son magnétophone « tous les garçons et les filles » de Françoise Hardy. Quant à son oncle, sa seule occupation est de vêtir selon son humeur l'unique mannequin de sa boutique. Seul Alam voudrait fuir les lieux mais le refus d'Ana à sa demande en mariage compromet ses objectifs. L'ironie est là, dans ce film la femme est omniprésente mais dissimulée et souligne la solitude de ces hommes. « C'est une histoire sur l'attente, le souvenir, les hommes désespérés et les femmes absentes » explique Babak Jalali. En effet, dans ce village le temps est suspendu, le mouvement arrété. Le Ménestrel est ballotté à la guise du photographe et les longs plans fixes de la mise en place des photos ne font que souligner le hiératisme ambiant. « Un peu plus à gauche, un pas en avant, le bras plus en haut », les enfants s'exécutent patiemment sans broncher. Quant à Hassan, son âne ne lui est d'aucun secours. Seuls des voisins taquins lui permettent de se rendre d'un point à un autre en échange de l'écoute de sa chanson favorite. Babak Jalali nous montre une région
délaissée, où les habitants sont plongés
dans l'inertie et l'ennui. La frontière avec l'Est n'est en rien
attractive pour la vie du village. "C'est silencieux comme nulle part
ailleurs en Iran, ici, dit Jalali, les gens s'y sentent oublier et
couper du reste du pays". Ce quotidien, le cinéaste
l'évoque sous l'angle de l'absurdité : les enfants
admirent le Ménestrel déchu et Alam pense pouvoir
épouser une fille à qui il n'a jamais parlé. Ici,
la frontière n'est une ouverture que pour celui qui veut quitter
le bord de la route, et qui conduit un appareil motorisé... Hélène Hoël, Festival du Film de Locarno, Août 2009 |